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19 août 2010 : A la rencontre de Phyllis Keino, porte-parole volontaire de PEA

PEA-2774-phyllis2Dans cet entretien, Phyllis se livre sur son passé, ses motivations et ses espoirs. Cette femme exceptionnelle, que plus d'une centaine d'orphelins au Kenya appellent « maman » se bat sans relâche depuis plus de trente ans pour aider les plus démunis. Phyllis est une source de motivation quotidienne pour PEA et ses partenaires et après avoir lu, cet entretien, nul doute qu'elle le deviendra aussi pour vous.

Comment s’est passée votre enfance ? A-t-elle été un facteur déterminant dans votre choix d’aider tous ces enfants aujourd'hui ?

Nous étions pauvres, très pauvres, au Kenya. Cela m'a aidée à devenir qui je suis, les gens nous aidaient souvent. Quand nous manquions de nourriture, on venait et on nous aidait. J'avais trois frères, nous étions 6 en tout à la maison. Ma belle-mère avait 4 enfants, 2 garçons et 2 filles. Ma mère avait 4 enfants mais malheureusement elle en a perdus 3. Un est mort du Sida, un autre a mis fin à ses jours et le troisième est décédé dans un accident. Ils étaient tous allés à l'école et étaient de bons élèves ; mais contrairement aux Etats-Unis, à cette époque vous ne pouviez aller très loin à l'école. Nous avions un foyer stable avec mes demi frères et soeurs. Ce qui m'a poussée à vouloir aider les autres c’est que nous étions pauvres et je sentais que je devais aider les autres. J'ai développé mon amour pour les enfants pendant mes études d'infirmière ; j'aimais vraiment travailler avec les enfants et toutes ces choses. J'ai travaillé dans un hôpital que j'ai quitté quand j'ai commencé l'orphelinat. Les enfants avaient l'habitude de venir demander de la nourriture et du travail et c'est à ce moment-là que j'ai su.

Y-a-t-il eu un moment précis où vous avez ressenti pour la première fois le besoin d'aider ces enfants ?

Ces enfants avaient faim et n'avaient aucune famille sur place.

Le Kenya, ce n'est pas comme ici, ce n'était pas facile. Donc, ce que j'ai fait c'est que ces enfants cherchaient de la nourriture et du travail et étaient si petits. Des enfants normaux aujourd'hui paraîtraient avoir 10 ou 12 ans mais en fait ils sont beaucoup plus âgés. Les enfants grandissaient très lentement parce qu'ils n'avaient rien à manger mais maintenant ils sont plus grands et ils savent tout. C'est là que j'ai décidé que j'aimerais rester avec eux. En 1970, ils sont venus me voir au travail et après j'ai emménagé avec eux chez moi. L'orphelinat n'a pas commencé avant les années 80. Il n’y avait pas ce genre d'orphelinats. Les choses n’étaient pas comme ici.

Au début, pensiez-vous que l'orphelinat serait une telle réussite ?

Non, je ne m'y attendais pas. Des fois, j'y pense et je me dis que c'est tout simplement normal, d'autres personnes pensent différemment, mais pour moi c'est normal. Parfois vous ne planifiez pas mais ça arrive.

 

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Quelle est la chose la plus bénéfique que vous pensez avoir donné à ces enfants ? L'éducation, la nourriture, un toit, une famille ou quelque chose que vous ne pouvez pas exprimer par des mots ?

La vie. Tout vient de là. Je ne peux le décrire. La vie doit être la chose la plus importante. Des mères abandonnent leurs enfants et il y a aussi la pauvreté et quand les enfants vont à l'école et que des filles tombent enceintes et qu'elles ne veulent pas garder l'enfant et que leurs parents non plus ne veulent pas qu'elles gardent cet enfant. Et vous trouvez des jeunes filles qui abandonnent leurs enfants même à l'hôpital. Même des mères adultes ne savent pas comment faire face à ça. C'est dur quand il y a une personne à nourrir et ok maintenant il y en a deux, il n'y a pas de nourriture et quand ils ont besoin de bien manger c'est difficile. Il n'est pas rare qu'une femme accouche à 14 ans, de très jeunes mères.

 

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La classe de maternelle

 

La plupart des donateurs n'auront jamais l'occasion de voir ou de connaître tout ce que la Maison Lewa, la ferme Baraka ainsi que l'école Kip Keino ont à offrir ; comment les leur décririez-vous en quelques phrases ?

La meilleure chose à faire est de nous rendre visite mais si ce n'est pas possible peut-être que le site internet les aidera. La ferme et l'école sont sur le même terrain, à une distance de marche. L'école et la Maison sont sur le terrain de la ferme. C'est un grand projet.

 

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L'école Kip Keino est sur le même terrain que la ferme et l'orphelinat

Prévoyez-vous de continuer à faire croître l'orphelinat ? Certains pourraient dire que vous en avez déjà fait assez. Ou pensez-vous que ce n'est que le début ?

En ce moment, j'encourage le gouvernement à placer ces enfants dans des familles d'accueil ou à l'adoption. Nous essayons aussi de pousser les familles éloignées de ces enfants à rester avec eux et nous, nous les aiderons en prenant en charge les frais des enfants. S’ils ont de la famille dans les environs, je veux qu’ils restent avec leur famille, après leur avoir parlé longuement. Mais même s’ils vivent avec leur famille, nous les aidons financièrement. Les enfants viennent de l'hôpital, du département pédiatrique. Avant de prendre un enfant, nous nous voyons au tribunal devant le juge. L'enfant passe de l'hôpital à l'assistante sociale qui lit son historique et c'est au juge de poser des questions et ensuite de décréter si l'enfant sera placé à la Maison des Enfants Lewa ou non.

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Donc, nous sommes tous là et quand l'enfant est confié à mon orphelinat, je le récupère directement. Nous les récupérons sur décision du tribunal. Parfois ça prend entre six et huit semaines, voire jusqu'à dix, en fonction de l'état de santé de l'enfant et du temps qu'il devra rester à l'hôpital. Une fois que les médecins déterminent que l'enfant n'a plus de problèmes (ils essayent de savoir s’il est séropositif, s'il a des problèmes cardiaques ou des maladies graves du sang), ils veulent apprendre à connaître l'enfant. Certains enfants n'ont pas de problèmes et ils en informent le département pédiatrique et puis moi. Certains orphelinats ne veulent pas de petits enfants malades qui ont des problèmes donc je les prends. Dernièrement, nous avons pris en charge pas mal de nouveaux enfants, douze.

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Toujours plus de bébés

Avant de partir, j'ai eu une lettre du gouvernement donnant mandat au Kenya d'être responsable du placement des enfants à l'adoption et dans des familles d'accueil. J’en suis très heureuse, même si quand je suis attachée aux enfants c'est dur. Mais nous devons les laisser partir parce que sinon ils seront trop nombreux ; mais c'est bien de les placer dans de bonnes familles.

Qu'est-ce qui rend la Maison, l'école et la ferme différents d’autres projets similaires ?

Il y a d'autres orphelinats mais la différence que je vois c'est que nous avons une école et une ferme sur place. C'est plus facile. Certains orphelinats ne sont que des orphelinats, le notre est un orphelinat, une école et une ferme. Même si nous n'avons pas beaucoup d'argent, nous avons de la nourriture. Et les enfants aident tous à la ferme, nous travaillons tous. C'est aussi le soutien de personnes comme vous ici, je leur donne de l'énergie à la Maison mais c’est vous qui nous soutenez.

Continuez à soutenir Phyllis et toute l'équipe de la Maison des Enfants Lewa

Propos recueillis le 24 juin 2010 et traduits de l'anglais par l'équipe de PEA à Montreuil.

 

 

 



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